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Dinan : Cité-reliquaire de l'âme d'un pays !

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A une encablure de Saint-Malo, au fond de l’estuaire de la Rance, les visiteurs attirés par la renommée de la ville ou au hasard d’un voyage, sont souvent surpris par l’ampleur de ce site exceptionnel dominant la Rance de plus de 80 mètres et par ce que les hommes en ont fait depuis un millénaire.
 
Fondée par les seigneurs de Dinan, puis prestigieuse ville ducale, Dinan a conservé de ces âges anciens de nombreux monuments, un tissu urbain médiéval et, depuis le XVIIIe siècle, n’a cessé d’attirer, avant les touristes anonymes, des précurseurs, des hommes de lettres, des artistes-peintres, des antiquaires comme on disait jadis, au nombre desquels on doit citer Chateaubriand, Mérimée, Victor Hugo, Marcel Proust ou le peintre Turner.
 
Mille ans d’histoire
 
Sans remonter à des temps antédiluviens, le vieux fond de population de ce pays est celui de la cité celto-romaine. A côté des cités des Rhedones autour de Rennes, des Vénètes autour de Vannes, des Osismes autour de Carhaix, Corseul était la capitale de la cité des Coriosolites occupant une partie de la Bretagne Nord. Témoignent aujourd’hui de cette époque le Temple de Mars en même temps que de nombreux sites archéologiques à Corseul et autour. Notons qu’à la fin de la période gallo-romaine, la capitale des Coriosolites a été transférée à Aleth (Saint-Malo). Deux voies importantes encadraient alors le site de Dinan : la voie Corseul-Dol passant à Taden et la voie Corseul-Rennes franchissant la Rance à Léhon.
 
Autour de l’an 1000, Dinan naquit de la valeur de son site : au croisement d’un estuaire et de voies de terre. L’ère qui va s’ouvrir est celle des seigneurs de Dinan qui sont les fondateurs de notre ville et de son pays, dans un fief rassemblant une cinquantaine de paroisses entre la Rance et l’Arguenon et dont les limites englobent Bécherel. Le siège de Dinan, en 1065, est représenté sur la célèbre Tapisserie de Bayeux. La ville se constitue autour de trois prieurés : Le Prieuré Saint-Malo fondé vers 1066 par Olivier de Dinan, celui de la Madeleine-du-Pont fondé vers 1070 par Geoffroy de Dinan et enfin celui de Saint-Sauveur fondé autour des années 1120 par Rivallon de Dinan. Dès le XIIe siècle, des remparts importants fixent le périmètre de la cité autour du prieuré Saint-Sauveur. Cette ville voit s’élever les couvents des Dominicains en 1232 (le premier en Bretagne) et celui des Cordeliers vers 1247. D’autres couvents suivront : les Trinitaires (1368) et les Clarisses (1480). Dès le Moyen-âge, la cité de Dinan apparaît bien comme un centre administratif fort, lié à un marché, témoignant des liens déjà profonds unissant la ville au large pays alentour.
 
Le fief des seigneurs de Dinan ne passait pas inaperçu à la Cour ducale qui, vers le milieu du XIIIe siècle, agit de différentes sortes afin que cette seigneurie devienne une châtellenie ducale. Ce sera chose faite en 1283 et jusqu’au Traité d’union de la Bretagne à la France en 1532. Cette période peut être considérée comme l’âge d’or de Dinan dont témoigne en large partie la ville d’aujourd’hui avec son enceinte urbaine, la troisième de Bretagne après Nantes et Rennes. A la fin du XVe siècle, Dinan sera transformée en un gigantesque chantier d’où émergent dans des remparts adaptés au progrès de l’artillerie : une nouvelle église Saint-Malo, une église Saint-Sauveur agrandie, de nouveaux couvents et pour parachever l’ensemble l’édification du beffroi, première mairie, montrant l’importance de la Communauté de ville. A cette époque les foires de Liège et de la Saint-Gilles, liées au commerce des toiles et à l’activité des corporations témoignent du dynamisme de ce pays.
 
Le prestige de Dinan sera encore grand à la fin du XVIe siècle où, durant la Ligue, seront introduits dans notre cité un atelier monétaire et les premières presses d’imprimerie (Ca 1590). Le XVIIe siècle verra l’édification de quatre couvents de la Contre-réforme -les Ursulines (1620), les Capucins (1621),les Dominicaines (1624 & 1664), les Bénédictines (1638)- montrant combien la ville et son pays pouvaient dégager les moyens nécessaires à la construction de ces couvents en même temps que pourvoir à leur peuplement.
 
Dinan, seconde ville de l’Evêché de Saint-Malo, a joué un rôle dans le grand commerce qui s’est épanoui au XVIIIe siècle. Saint-Malo n’était qu’un rocher, il fallait donc pourvoir à la vie de cette ville et à son rayonnement, au développement de son armement maritime, à ses équipages, à ses toiles à voiles. Beaucoup d’immeubles de Dinan reconstruits à cette époque témoignent de cet essor. C’est également au XVIIIe siècle que fut installé à Dinan le Collège des Laurents fondé par l’évêché de Saint-Malo et auquel appartint François-René de Chateaubriand. Sous l’Ancien régime, Dinan était le premier Archidiaconé de l’Evêché de Saint-Malo, regroupant quatre-vingt-deux paroisses et six trèves.
 
« Diviser pour régner » serait-on tenté de dire en voyant la manière dont s’est effectué le découpage départemental. Devant l’alliance séculaire de Saint-Malo et de Dinan, le législateur a souhaité mettre l’embouchure de cette rivière en Ille-et-Vilaine et rattacher Dinan à Saint-Brieuc, au département des Côtes-du-Nord, devenu celui des Côtes-d’Armor. Pour autant, l’Arrondissement de Dinan fixé en grande partie dans les années qui suivirent la Révolution, témoigne bien dans ses contours de la pérennité du pays dinannais.
 
Dinan fut, jusqu’au XXe siècle un quartier maritime important, l’arrière-pays malouin d’où des milliers d’hommes trouvèrent des embarquements pour Terre-Neuve, le long-cours ou le cabotage. Le romancier Roger Vercel s’est fait, par son œuvre, le porte-parole de tous ces anonymes de la Rance, laboureurs des mers. L’un des grands journaux de la Rance des 19e et 20e siècles s’est appelé l’Union malouine et dinannaise et publia entre 1850 (soit plus d’un demi-siècle après la Révolution) et 1944 ses éditions très suivies.
 
Ville de garnison durant plus d’un siècle, Dinan fut aussi le lieu d’établissement d’une Colonie britannique avec beaucoup des institutions d’Outre-Manche : Eglise anglicane, Book-club, Dinan-Magazine, Dinan-week, Victoria-club, loge maçonnique, lawn-tennis, cricket, Golf-club, Rink, cimetière britannique, etc.
 
Dans les années 1960 apparut l’idée des pays, conçus comme des espaces sub-régionaux et dont l’identité montrait l’interdépendance étroite d’une ville et de sa campagne alentour. Le CELIB, auquel appartint le Président René Pleven, par une charte des pays de Bretagne mettait en évidence le pays de Dinan. La loi de 1995 reconnaissait les travaux de ces pionniers et voyait son aboutissement le 6 septembre 1996 par la constitution du Conseil de pays de Dinan. Le premier président en fut le Ministre Charles Josselin.
 
De l’ancienne cité des Coriosolites jusqu’au Pays de Dinan constitué en 1996 apparaissent donc différentes strates : le fief des seigneurs de Dinan, la châtellenie ducale, la subdélégation, l’archidiaconé de l’Evêché de Saint-Malo, le district, l’arrondissement. Au cours de l’histoire, le « pagus dinanni » s’est reconnu dans sa ville-centre, dans son pôle d’attraction, dans sa cité altière qui, par la Rance, l’ouvrait au reste du monde. Ne peut-on voir dans le marché du jeudi, autour de la statue équestre de Bertrand du Guesclin, un rite social identitaire, illustration séculaire de Dinan : cité-reliquaire de l’âme d’un pays ?
 
Un riche patrimoine monumental
 
Si l’on doit visiter Dinan, le plus bel accès de la ville est sans conteste celui de la rivière de Rance. Débarquant aujourd’hui de « La Belle de Dinan » ou hier des anciens steamers, la ville apparaît toujours altière, protégée derrière ses remparts faisant de la tour Sainte-Catherine une sorte de figure-de-proue. Le visiteur s’engage alors dans la rue du Jerzual dont les maisons rappellent les métiers du tissage et du tannage. A mi-hauteur, franchissant la porte du Jerzual, l’image de la ville guerrière et médiévale s’impose définitivement. Car le monument majeur de cette cité est assurément son enceinte médiévale : 3 km des remparts, tours, portes, courtines enserrant une ville close de 30 hectares.
 
Ces remparts, classés « monument historique » en 1886, chevauchent avec fantaisie le site de Dinan : à l’ouest courant sur le plateau, du nord descendant dans le Jerzual pour remonter avec promptitude vers le levant. Construits essentiellement au Moyen Age, ils témoignent de plusieurs siècles d’architecture militaire, s’échelonnant du XIIe à la fin du XVe siècle. En 1986, cent ans après le classement « monument historique », la charte du centenaire proclamait : « Le sens de cette charte est celui d’un engagement de la Ville de Dinan à mettre en œuvre tous les moyens possibles afin de poursuivre l’œuvre séculaire des municipalités précédentes, d’accélérer le dégagement de ces remparts, leur restauration et leur mise en valeur. Cette volonté participe à la qualité de l’environnement des Dinannais ainsi qu’au rayonnement de notre cité et à sa vie économique ».
Au cœur de cette ville, le visiteur est tout de suite attiré par les églises Saint-Sauveur et Saint-Malo.
Saint-Sauveur attire toujours en premier lieu, sans doute par ce très haut et curieux clocher évoquant les stupas d’Orient, mais aussi par cette position de sentinelle sur le plateau en surplomb de la Rance. C’est bien là un signe d’établissement ancien qu’attestent le portail et le mur sud du sanctuaire, remontant à l’aube du XIIe siècle. Reconstruite à la fin du Moyen Age, l’église s’est dotée d’une basse-nef, d’un nouveau chœur, d’un déambulatoire et d’un superbe chevet que l’on admire surtout du Jardin anglais. Le XVIIe siècle a élevé son clocher. Le XVIIIe siècle l’a meublée de ces superbes retables ornés de statues et de tableaux. Les XIXe et XXe siècle oeuvrent à sa restauration et à son entretien. Le sanctuaire conserve le cœur de Bertrand du Guesclin.
L’église Saint-Malo offre, à l’inverse, une très grande unité de construction. Elevée voici un demi-millénaire, elle fut achevée au XIXe siècle sur les plans initiaux. Son maître-autel, ses vitraux et ses orgues (1889) retiennent notamment l’attention.
Le reste de la ville procure aux passants de multiples découvertes : des noms de rues qui rappellent les corporations, d’anciens couvents multiséculaires et aussi, au cœur même de cette cité, la Tour de l’Horloge marquant par son édification l’affirmation du pouvoir municipal à la fin du Moyen Age. Dans le beffroi, la cloche « Anne » fut offerte par la Duchesse de Bretagne et sonne les heures de Dinan depuis 1507.
De nombreuses places, médiévales comme celles des Cordeliers ou de Saint-Sauveur ; aménagées sous l’Empire comme la place Du Guesclin ou de plus modernes, dégagent de belles perspectives et sont souvent ornées de statues de qualité : Bertrand du Guesclin par E. Frémiet, Jehan de Beaumanoir par A. Guéniot ou Auguste Pavie par A. Quinquaud.
Si les siècles lointains nous sont aujourd’hui bien présents par de nombreux monuments, les décennies plus récentes ont souvent laissé une empreinte de qualité. Prenons-en pour preuve certains monuments « Art-déco » qui surprennent et complètent ce grand ouvrage d’art qu’est Dinan.
Le patrimoine de la ville s’est enrichi récemment du don de la propriété de La Grande Vigne, demeure de l’artiste-peintre Yvonne Jean-Haffen (1895-1993), élève de Mathurin Méheut. A l’extrémité du quai, à l’angle de la vallée de la Rance et de celle de la Fontaine-des-Eaux, la Maison d’artiste de La Grande Vigne, présentant les collections du peintre Yvonne Jean-Haffen, est désormais ouverte au public chaque été.
Signalons enfin, à l’entrée de Dinan en venant de Dinard ou Saint-Malo, le Monument Indochine. Dédié A la mémoire des soldats des campagnes d’Indochine Morts pour la France, ce pagodon, construit dans la région de Bac Ninh (Viêt Nam) et inauguré le 7 mai 2000, est le seul monument authentiquement viêtnamien en France.
 
Un site exceptionnel
 
L’un des caractères marquants de Dinan est bien sûr celui du site de la ville, construite sur le plateau et dominant la Vallée de la Rance. L’imbrication des maisons de granit, des toitures ardoisées et des frondaisons concourent au charme de cette ville. Les jardins, parcs et différents espaces verts y sont nombreux et rendent ce lieu de résidence ou de visite particulièrement agréable.
Sans vouloir faire un inventaire complet de cet aspect de la ville, mentionnons le Jardin anglais (ancien cimetière médiéval aménagé au XIXe siècle et ainsi nommé en l’honneur de la colonie britannique), les forts belles promenades des Petits et Grands-Fossés (contrescarpe du Moyen Age, promenade depuis le XVIIIe siècle, « monument historique » depuis 1932 et 1945), le Val Cocherel (aussi appelé Jardin des petits diables) créé en 1969 par le Maire Yves Blanchot, la promenade de la Duchesse Anne et la vallée de la Fontaine-des-Eaux aménagée sous Louis XVI.
Dinan se visite à pied. Ses promenades sont l’un de ses agréments :
Le Tour des remparts qui permet qui permet une découverte de l’ensemble de l’enceinte tout en faisant découvrir de nombreux monuments et points de vue ;
La Promenade de la Fontaine-des-eaux qui, par la porte Saint-Malo et le Prieuré Saint-Malo (également appelée chapelle Saint-Joachim), mène à l’esplanade de la source d’eau minérale et permet le retour par cette vallée, La Grande Vigne et le Port ;
Au bas du Jerzual, le Tour des prairies de Léhon permet de longer la Rance du Vieux-Pont de Dinan à celui de Léhon pour y découvrir l’abbaye et le château-fort de cette commune, avant de rejoindre la cité par le Haut-Bourgneuf (ou Rue Beaumanoir) et la Porte Saint-Louis.
 
Une vie culturelle dynamique
 
Une riche Bibliothèque municipale, fondée en 1792, forte de plus de 125 000 documents, propose aux lecteurs ses ouvrages de lecture publique (livres, CD audio, DVD, etc.), son offre multimédia et ses fonds patrimoniaux (Bibliothèque de l’abbé Lemasson, Fonds Auguste-Pavie : Cambodge Laos Viêt Nam). Installée jadis à l’Hôtel de ville puis au Manoir de Ferron, la Bibliothèque municipale de Dinan est installée depuis 2005 dans l’ancien Couvent des Dominicaines (XVIIe siècle), proche du Jardin anglais.
L’Ecole de musique (Le Kiosque) accueille jeunes et adultes en leur procurant une éducation musicale de qualité, en proposant de nombreux concerts et auditions.
Les Musées de Dinan rassemblent deux sites : le Musée du château abritant des collections d’art et d’histoire de la ville et la Maison d’artiste de La Grande Vigne dont nous avons déjà parlé. Une exposition de qualité (Camille Claudel, Braque, Toulouse-Lautrec, etc) a lieu chaque année au C.R.E.C.
 
Créé à l’initiative du maire René Benoit, outil de développement touristique et économique, ce Centre de rencontres économiques et culturelles (C.R.E.C.) accueille régulièrement, depuis 2005, séminaires, colloques et expositions.
Le Théâtre des Jacobins (construit en 1966), avec ses deux salles : la Salle haute et la Salle de spectacle, accueille tout au long de l’année de très nombreuses manifestations.
Citons aussi l’Ancienne église anglicane restaurée en salle d’exposition.
Une saison culturelle de qualité (spectacle vivant) est proposée chaque année.
 
Le Pays de Dinan : une collection
 
Depuis 1981, l’intérêt des habitants du pays de Dinan pour leur région s’est donné un nouveau lieu d’expression : celui de la publication annuelle « Le Pays de Dinan ». De nombreux auteurs (écrivains, journalistes, universitaires, divers gens de lettres, érudits, etc) participent à ces travaux de littérature, d’histoire, d’art et d’ethnographie pour une « mémoire des lieux, mémoire des hommes ». Au fil des ans, cette collection constitue une sorte d’encyclopédie du pays de Dinan.
 
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Toute cette diversité – site, monuments, vie sociale et culturelle – liée aussi au souvenir des hommes que cette terre a portés, de ses personnages illustres – Bertrand du Guesclin, Charles Duclos, François-René de Chateaubriand, Félicité de Lamennais, Auguste Pavie, Théodore Botrel, Roger Vercel, René Pleven ou Yvonne Jean-Haffen – fait de Dinan une cité d’exception. Sa tradition d’ouverture, son regard porté loin au-delà de l’estuaire de la Rance par des générations de voyageurs, d’explorateurs, de marins, en ont toujours fait une ville accueillante. Qu’il s’agisse de son premier historien et bibliothécaire, l’italien Luigi Odorici, ou de la colonie britannique, importante de la Restauration jusqu’à la dernière guerre.
Cette tradition devait naturellement s’exprimer par ses liens avec Lugo (Espagne), Exmouth (Grande-Bretagne) et, d’une manière sans doute particulière, par l’un de ses premiers jumelages européens, avec Dinant-La-Mosane en Belgique. Depuis la fin des années 80, Dinan s’est également tournée vers des actions de coopération, particulièrement en faveur du Viêt Nam et du Laos, vers les pays de l’ex-Indochine qui ont partagé avec la France plus d’un siècle de leur histoire.
 
 

Loïc-René Vilbert
Bibliothécaire de la Ville de Dinan

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