Histoire

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Fondée en 1792.

La Bibliothèque de la Ville de Dinan est née, comme en beaucoup d’endroits, des confiscations révolutionnaires, d’un « dépôt littéraire » constitué en 1792. Plusieurs milliers d’ouvrages furent alors rassemblés au couvent des Jacobins, sous la responsabilité, à partir de l’an II, d’un certain M. Martin. Ces livres furent transportés ensuite au couvent de La Victoire avant de rejoindre, en 1823, les greniers de la mairie de Dinan. En 1830, le maire, Joseph de Saint-Pern Couellan, s’émut de leur sort et fit aménager des armoires vitrées dans la salle des séances du conseil municipal. C’est là que M. Félix Ravaisson, Inspecteur général des bibliothèques, dut faire son inspection, en juin 1840, précisant que « cette bibliothèque naissante ne compte pas encore 1400 volumes. C’est le triste débris d’un amas considérable de livres qu’avaient formé à Dinan, pendant la Révolution, les confiscations exercées sur un grand nombre d’établissements religieux et de maisons nobles de la ville et des environs. Là, comme partout, chacun pilla à son aise dans le bien commun ». L’inspecteur général reconnaît que « la ville de Dinan est assez adonnée aux lettres » et sollicite du ministre « un don assez considérable ».

Quelques années plus tard, en 1864, la bibliothèque fut l’objet de nouveaux aménagements, au 1er étage de l’Hôtel de ville, par suite de l’intérêt que voulut bien y apporter le maire Henri Flaud. A ce développement de la bibliothèque municipale au milieu du XIXe siècle, n’est pas étranger le bibliothécaire d’alors, Luigi Odorici (1809-1882), exilé politique italien proche du roi Louis-Philippe, érudit qui publia en 1857 le premier ouvrage d’importance sur l’histoire de Dinan et ses alentours. C’est aussi à Odorici que l’on doit la première Indication alphabétique des ouvrages composant la bibliothèque publique de Dinan, publiée avec le catalogue du musée en 1850. Deux catalogues de la bibliothèque furent édités plus tard, respectivement en 1890 par le bibliothécaire J.M. Le Roux, beau-père du philosophe et du psychologue Théodule Ribot, et en 1902 par le bibliothécaire et écrivain Léopold Sabot (1848-1929).

Grâce à la construction de pavillons dans la cour de la mairie dans les années 1875-1880, la bibliothèque se maintint -au cours des XIXe et XXe siècles- à l’hôtel de ville en gagnant un peu de place, s’enrichissant de ses achats, des dons de l’Etat et de ceux de nombreux particuliers.

Outre le dépôt initial de la Révolution et les achats de la Ville, les collections patrimoniales résultent essentiellement des nombreux dons et legs, faits par l’Etat, par des personnalités dinannaises ou par des personnes attachées à l’histoire de Dinan et de ses environs. En donner une liste exhaustive serait difficile mais l’on pourra retenir les noms du Docteur Veillet (Ex-dono 1838), de M. et Mme Lecourt de La Villethassetz (Ex-dono 1844), de M. de Ferron (milieu du XIXe siècle) et des maires Charles Néel de La Vigne (1762-1851) et Henri Flaud (1816-1874). Succédant à une Société des amis des arts fondée en 1908, la Société des amis du musée et de la bibliothèque de Dinan, créée en 1947 et restaurée en 1977, est à l’origine de nombreux enrichissements de la période contemporaine.

Le don le plus important que reçut la Bibliothèque municipale de Dinan fut conclu, le 10 mars 1934, entre le député-maire Michel Geistdoerfer et l’abbé Auguste Lemasson (1878-1946) originaire de Lancieux. Cet ecclésiastique-historien de la période révolutionnaire légua une collection de 6000 volumes ayant trait -pour l’essentiel- à l’histoire de la Bretagne, à l’histoire religieuse et -pour une part- à la guerre 1914-1918 durant laquelle l’abbé Lemasson fut aumônier militaire. Sa conduite courageuse lui valut d’ailleurs les croix de guerre et de la Légion d’honneur. Le Chanoine-historien décéda en 1946. La Bibliothèque de l’abbé Lemasson, ayant rejoint les collections publiques de la Ville, « sans qu’elle soit répartie parmi les autres livres de la bibliothèque » mais au contraire « groupée sans excepter un seul livre », fut inaugurée le 15 janvier 1947, Monsieur André Aubert étant maire.

Devant le manque de place dont elle souffrait, du fait de ces enrichissements successifs et du développement de la lecture publique depuis la seconde guerre mondiale, le maire Yves Blanchot acquit en 1968 un hôtel particulier du XVIIIe siècle, dénommé Manoir de Ferron, pour y installer les collections et les services de la bibliothèque. Proche du donjon de la Duchesse Anne et des remparts de la ville, la bibliothèque municipale rénovée fut inaugurée en 1974.

Après trente années passées au Manoir de Ferron, la bibliothèque ouvre, en 2005, une nouvelle page de son histoire en s’installant dans le Centre de rencontres économiques et culturelles (C.R.E.C.), M. René Benoit étant maire de Dinan.

A l’origine, ce site faisait partie du Couvent des Jacobins (Ordre de Saint Dominique) fondé au XIIIe siècle. Les religieuses de Sainte Catherine de Sienne (Dominicaines) entrèrent dans le couvent -qu’elles firent construire par l’architecte Poussin- le 8 juin 1664 et y demeurèrent jusqu’à la Révolution française. En 1817, l’Hôpital de Dinan s’y installa jusqu’en 1970. Le C.R.E.C. rassemble : un centre de colloques et d’expositions, une école de musique et la bibliothèque.

Cette nouvelle Bibliothèque municipale de Dinan a été ouverte au public le 7 juin 2005. En cœur de ville, elle offre, sur un peu plus de 2000 m², un service public et culturel ouvert à tous : un espace contemporain meublé par des designers européens, un espace d’accueil et d’information, d’action culturelle et de rencontre, de formation et de loisir, de travail et de culture. C’est également plus de 60 000 documents (livres, presse, Cd, Dvd, etc.) mis à la disposition des usagers, ainsi que de riches fonds patrimoniaux, en consultation sur place. Pour gérer la base des abonnés et celle des documents, un Système de gestion de bibliothèque informatisé (Orphée) a été installé, doublé d’un Système de gestion des ressources électroniques (Pulcra) pour la consultation d’internet et des cédéroms.

Fondée par les seigneurs de Dinan autour de l’an mil, Dinan connut son âge d’or aux XIVe et XVe siècles lorsqu’elle devint ville ducale, ce dont témoigne une superbe couronne de remparts de près de trois kilomètres de périmètre, des églises, des couvents et un ensemble de rues du Moyen-Âge. Le XVIIe siècle vit la construction de grands couvents de la Contre-Réforme, tandis que le siècle suivant fut celui d’une importante rénovation urbaine. Les maisons de bois firent place à de beaux immeubles de granit témoignant d’une richesse à laquelle le négoce malouin ne devait pas être étranger. L’installation de deux régiments de cavalerie en même temps que le développement d’une colonie britannique furent marquant au XIXe siècle. Entre les agglomérations de Rennes, de Saint-Malo et de Saint-Brieuc, au cœur de la vallée de la Rance, la ville de Dinan est aujourd’hui l’âme d’un pays qui vit une alliance multiséculaire avec elle, en même temps qu’une Ville d’art et d’histoire, pittoresque et très visitée, comptant également parmi les rares Secteurs sauvegardés de France. Les principales illustrations sont : Bertrand du Guesclin (1320-1380) connétable de France, Charles Duclos (1704-1772) écrivain et philosophe, Auguste Pavie (1847-1925) explorateur et diplomate en Indochine, Théodore Botrel (1868-1925) barde et chansonnier, Roger Vercel (1894-1957) écrivain, romancier de la mer, et René Pléven (1901-1993) homme politique. A ces noms doivent être ajoutées deux personnalités importantes des XVIIIe et XIXe siècles : François-René de Chateaubriand (1768-1848) dont la famille est originaire du pays de Dinan et qui fut élève au Collège des Laurents à Dinan, ainsi que Félicité de Lamennais (1782-1854) dont le souvenir reste attaché à la propriété de La Chesnaye, aux portes de Dinan.

Les collections patrimoniales de la Bibliothèque municipale de Dinan, en voie de constitution depuis le XVIIIe siècle, sont l’illustration et le reflet de cette histoire de la ville et de son pays. Elles comprennent le Fonds ancien, le Fonds Bretagne et le Fonds Auguste-Pavie : Cambodge Laos Viêt Nam, formés par les achats de la Ville, par les efforts successifs des bibliothécaires, par les dons qu’ils reçurent ou parfois suscitèrent auprès de particuliers. Hormis la Bibliothèque de l’abbé Lemasson, les dons, s’ils furent toujours de qualité, furent fait en nombres limités d’ouvrages. Comme nous l’avons dit plus haut, ils furent le fait de personnes de la région ayant à cœur de voir la bibliothèque de leur cité s’enrichir de livres d’intérêt et de valeur, ou souhaitant léguer des manuscrits ou des imprimés ayant trait à leur ville et à son pays.

 

Bibliothécaires de la Ville de Dinan.


 

Durée de fonction :

Sieur Martin

An II

Jacques Sergent (1765-1849)

Vers 1801-1816

Charles Huret (né en 1800) Vers 1832-1837
Victor Aubry (1803-1870) 1840-1841
Luigi Odorici (1809-1882)

1841-1882

Jean-Marie Le Roux (1820-1898)

1882-1898

Léopold Sabot (1848-1929) 1898-1927
Jean Level (1874-1951) 1927-1936
Georges Youvanich (1892-1974) 1936-1944
Chanoine Auguste Lemasson (1) 1934-1946
Georges Laurent (1881-1970) 1944-1954
Michel Duval 5.01.1954-13.02.1954
Brigitte Massiet du Biest 1954-1958
Annie Afanassieff 1958-1988
Loïc-René Vilbert 1988-

(1) Le Chanoine Auguste Lemasson fut, dans sa demeure de Lancieux et jusqu’à son décès en 1946, Bibliothécaire bénévole de la bibliothèque qu’il offrit à la Ville de Dinan en 1934 et dont il conserva l’usufruit.